La thèse qui relance l'attrait des scientifiques pour la ville de Sisteron

Publié le par castaneda

À la médiathèque, ce parchemin de 2m de long s'est avéré être un véritable acte de recensement, le premier peut-être.

À la médiathèque, ce parchemin de 2m de long s'est avéré être un véritable acte de recensement, le premier peut-être.


Sisteron est la 4e ville de Provence en nombre d'habitants, à égalité avec Nice, derrière Marseille, Aix et Arles, devant Avignon ... N'y voyez aucune poussée chauviniste. Cette réalité, que 700 ans d'histoire séparent avec notre actualité, est prouvée! Nombre de "feux" (ou foyers) à l'appui. Dans son enquête sur la ville, Alexandra Gallo n'a négligé aucune piste. " Avec 1400 feux, soit environ 7000 personnes, la ville avait quasiment la même taille et la même densité qu'aujourd'hui", s'émerveille la scientifique. Coïncidence, c'est au moment où la ville croît à nouveau de façon significative que "tombe" cette recherche inédite.

380 pages d'histoire
Sisteronaise d'adoption, elle a en effet soutenu, il y a une semaine à peine, une thèse sur L'exercice du pouvoir urbain à Sisteron aux XIIIe et XIV e siècles. Sujet minimaliste? Au contraire, plus on s'approche de l'infiniment petit plus on touche à l'universalité. Aucun scientifique ne l'ignore. Sinon, comment aurait-elle pu être aussi prolixe: 380 pages plus 250 autres pour les annexes! Et comment suivre le fil sur une telle distance, déchiffrer des manuscrits en latin et en provençal, avec des modes venues d'Italie ou du Dauphiné, des abréviations d'un autre monde ou encore des pages entières sans ponctuation? Un exercice de paléographie titanesque qui nous vaut ce document exclusif.

Notons que les documents, dont un recensement du XIIIe siècle sur lequel Alexandra s'est appuyée, sommeillent au sous-sol de la médiathèque, où la municipalité a eu l'intelligence de conserver ses archives. C'est dans cette manne, que d'autres villes ont volontiers léguée aux archives départementales, qu'elle a puisé sa matière première. Et sur le terrain aussi, armée d'un GPS.

Morceaux choisis
Pour ceux que les 630 pages de la thèse rebutent, voici quelques morceaux choisis de ses trouvailles. "Le parler sisteronais de l'époque est unique en Provence car la ville draine les influences italiennes autant que provençales, dauphinoises ou latines. D'autre part, l'organisation de la cité est gérée par 12 conseillers (lire plus loin) issus des quatre quartiers (cette distribution a duré jusqu'au XIXe s) qui existent toujours: rue Droite, Saunerie, Bourg-Reynaud et Rieu. Des enquêteurs se rendaient dans ces quartiers pour rationner ou distribuer le blé, organiser les rondes".

Les patrouilles de vigilance citoyenne, le conseil des sages ou encore les délégués de quartier (sur Manosque par exemple) ne datent donc pas d'hier. Même l'illumination des fortifications d'une part et de la Baume de l'autre, était déjà d'actualité! Avant les leds d'éclairage on parlait de "faro", mis en place dès le XIVe siècle. De même, les registres permettent d'affirmer qu'au Moyen âge on était beaucoup plus mobile que l'on ne le pensait jusqu'alors.

Depuis une semaine, Alexandra Gallo est donc docteur d'université ès lettres mais son travail va au-delà du résultat. Avec une mention "très honorable" et les félicitations du jury, ces derniers l'ont incité à porter sa thèse à la connaissance scientifique. Huit années de travail et d'abnégation avec son directeur de thèse, Jean-Paul Boyer, n'auront pas été inutiles. La Ville s'en est d'ailleurs préoccupée. Sylvie Fritz, adjointe à la culture, s'est rendue à Aix lors de la soutenance de la thèse sur Sisteron et s'est montrée particulièrement intéressée par les débouchés qu'elle pourrait avoir concrètement.

source la provence

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