Si l’exploration humaine de Mars débutait par celle de Phobos ?

Publié le par castaneda

L'exploration humaine du Système solaire ne pourra pas se faire sans postes avancés, répartis un peu partout autour de la Terre à des distances plus ou moins éloignées. Dans un premier temps, on projette d’utiliser des astéroïdes, des comètes à très faibles périodes ou encore des lunes comme Phobos.
Une absence d’atmosphère, une faible gravité une structure interne vraisemblablement poreuse et l’existence possible de poches de glace d’eau font de Phobos un candidat idéal pour établir un avant-poste. Les experts de la Commission Augustine ne s’y sont pas trompés en faisant de ce satellite martien un objectif particulièrement pragmatique d’autant plus que sa position rapprochée autour de Mars en fait un promontoire exceptionnel pour étudier la Planète rouge.
Si l’exploration humaine de Mars débutait par celle de Phobos, le défi y parvenir serait nettement moins difficile. Aujourd’hui, on estime que plus de deux décennies sont nécessaires avant d’atteindre Mars. Phobos pourrait l’être dans des délais plus raisonnables car dans le cas d’une mission martienne, les phases de rentrée atmosphérique et de décollage vers la Terre concentrent l’essentiel de la difficulté technique et du coût de la mission. Or, ces deux paramètres disparaissent dans une mission habitée vers Phobos.



Ravitaillement en eau ?
Seule ombre au tableau, on ne sait pas grand-chose sur la structure et la composition de Phobos. Les scientifiques ont des convictions fortes qui les poussent à penser qu'il s'agit d'un monde poreux et peu dense. Ils attendent que la série de survols que s’apprête à réaliser Mars Express, avec comme point d’orgue un passage à près de 50 km d’altitude au-dessus de Phobos, confortent leurs hypothèses.
Depuis la découverte de jets de gaz par la sonde soviétique Phobos 2, on suppose également que cette lune abrite un noyau glacé voire des poches de glace d’eau. Si c’est effectivement le cas, il ferait un candidat parfait comme poste avancé. Mieux encore, favorisée par la faible gravité de Phobos, l’exploitation de ces gisements permettra d'approvisionner en eau, et tout ce que l'on peut en tirer, des infrastructures en orbite basse terrestre, ou ailleurs. En effet, d'un point de vue économique, il revient nettement moins cher de rapporter des matériaux depuis Phobos que de lancer la même masse depuis la Terre.
Reste que si les scientifiques attendent de Mars Express des éléments de réponses significatifs sur l’origine de Phobos, il ne faut pas s'illusionner sur le bilan final de cette mission... Seule une étude in situ réglerait la question. Il existe trop d’incertitudes pour que la seule Mars Express réussisse à démêler le vrai du faux. La solution ? Atterrir dessus et rapporter sur Terre des échantillons. C'est ce que la Russie envisage de faire à la fin de 2011 avec la mission Phobos-Grunt à laquelle participe le Cnes. Les cartes réalisées par Mars Express seront utilisées pour aider à choisir le site d’atterrissage actuellement prévu dans un quadrilatère compris entre 5°N et 5°S et entre 230° et 235° Ouest.
Une telle mission on s’attend à ce que les poussières et les petits agrégats ramassés sur Phobos fournissent des informations également sur Mars ! D’après les scientifiques, il est en effet probable que depuis ces quatre derniers milliards d’années, Phobos a récupéré une partie des éjectas projetés dans l’espace par les impacts de météorites. Mieux encore, on suppose que certains de ces débris devaient être de tailles importantes comme en témoigne le cratère d’une dizaine de kilomètres (Stickney) qui recouvre plus de 30% de la surface de Phobos. Autrement dit, Phobos contiendrait pas mal de matière martienne qui pourraient avoir été bien mieux conservée que sur Mars !

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