théopolis ou la citée des dieux

Publié le par castaneda

http://www.guba.com/watch/3000089882

click sur le lien ci-dessus pour voir le documentaire je jimmy guieu sur théopolis , j'avais posté sur un forum cette vidéo que j'avais fait hébergée sur you tube mais la censure a encore frapée!!! donc profité de se documentaire ...

Le texte de la conférence ci-dessous en texte blanc, est entièrement extrait de :

 

http://perso.club-internet.fr/adspem/thilda.html

 

 

 

"Si Théopolis m'était contée... A l'Est de Sisteron, entre le Vançon et le Sasse, sélève un massif montagneux d'une prenante beauté qui attire irrésistiblement les regards. Gache et Aiguebelle enclosent derrière leurs longues falaises de hautes vallées dont les berceaux de verdure se succèdent jusqu'au "estives" de Costebelle où foisonnent au printemps les fleurs les plus belles, les plus rares. Mircea Eliade nous a appris à reconnaître la puissance du décor : cette architecture fantastique qui attire les orages et que rehaussent les arcs-en-ciels somptueux, parle profondément à l'âme. Le monde désordonné et bruyant s'efface : la montagne se fait temple et cité. Un porche monumental s'ouvre, défilé creusé dans le calcaire par un torrent et une inscription rupestre latine accueille le voyageur ; il s'arrête émerveillé que la réalité puisse à ce point correspondre à ses plus secrètes aspirations : voici Théopolis, la cité de Dieu en grec."

   

 " Claudius Posthumus Dardanus, homme illustre, revêtu de la dignité de patrice, ex-gouverneur consulaire de la province viennoise , ex-maître des requêtes , ex-questeur, ex-préfet du prétoire des Gaules, et Nevia Galla, femme clarissime et illustre, son épouse, ont procuré à la ville appelée Théopolis l'usage des routes, en faisant tailler des deux côtés les deux flancs de ces montagnes, et lui ont donné des portes et des murailles. Tout cela a été fait sur leur propre terrain; mais ils l'ont voulu rendre commun pour la sûreté de tous. Cette inscription a été placée par les soins de Claudius Lepidus, comte et frère de l'homme déjà cité, ex-consulaire de la première Germanie, ex-maître du conseil des mémoires, ex-comte des revenus particuliers de l'empereur, afin de pouvoir montrer leur sollicitude pour le salut de tous, et d'être un témoignage écrit de la reconnaissance publique."

texte extrait de :

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/histoire/chapitre37.htm
 Pierre sur la route de Sisteron à Saint-Geniez, dite "Pierre écrite", à cause du texte latin qui y est gravé.  Gravure effectuée à partir de la "Pierre écrite"

 

Traduction du texte de la "Pierre écrite", par Millin dans Voyage dans les départements du midi de la France, tome III.

 

"Depuis trois siècles, les érudits ont défilé devant "Peiro escricho" le terme provençal pour "inscription" et leurs déclarations parfois fantaisistes ont nourri les rêveries des bergers : ils parlent des deux mille esclaves qui ont percé le flanc de la montagne, d'une cité de marbre rose dont le reflet apparaît encore sur les nuages au couchant, de statuettes d'or ensevelies... de bien d'autres choses encore.

Cette terre est donc une terre de légende : il faut s'en réjouir.

""Tous les pays qui n'ont plus de légende
Seront condamnés à mourir de froid..."

écrivait prophétiquement Patrice de la Tour du Pin en prélude à La Quête de la Joie.

Nous comprenons chaque jour un peu plus ce que signifie "mourir de froid" en nos cités où le sens se perd. D'ailleurs ce n'est pas la première fois. Sur la spirale du temps nos ancêtres du Vè siècle nous apparaissent bien proches et fraternels, comme Monseigneur Ponthier, Evêque de Digne, aimait à nous le rappeler.
Nous possédons un dossier solide sur Claudius Posthumus Dardanus, ancien préfet du prétoire des Gaules. Demeuré fidèle à l'empereur légitime Honorius, réfugié à Ravenne, dont le pouvoir était presque fictif, il était parvenu en déployant de remarquables talents de diplomate à maintenir sa province dans l'Empire : s'étant allié à Althauf, roi wisigoth, il avait réussi grâce à celui-ci à renverser l'usurpateur Jovin, l'avait tué de ses propres mains et avait ensuite dirigé une sanglante répression contre les sénateurs arvernes dissidents.

Ces événements se situent vers 411-413. Dardanus était-il allé jusqu'au bout de ses intentions ? Ce farouche défenseur de la romanité fut-il satisfait du mariage de Placidie avec Althauf ? Il est permis d'en douter. Quoiqu'il en soit, Dardanus disparut ensuite de la scène politique. Il avait bien mérité de l'Empereur mais la brutalité de la répression qu'il avait menée lui avait valu des haines terribles dont Sidoine Apollinaire, descendant de victimes, se fera l'écho bien des années plus tard, accusant Dardanus de tous les vices. Il est donc vraisemblable que notre Préfet se retira avec les siens sur ses terres de Haute-Provence.

Une page de sa vie était tournée : il avait lutté pour sauver ce qui pouvait l'être après qu'Alaric eût saccagé Rome, mais il était trop bien informé (son frère était gouverneur de Germanie) pour ne pas comprendre que l'Empire allait inéluctablement être balayé par les barbares. Intérieurement, comment vécut-il cela ?

Théodose avait organisé la liquidation de paganisme : si les élites sociales comptaient encore des païens, les postes de l'administration et de l'armée leur étaient (théoriquement !) interdits. Désormais les chrétiens se trouvaient à l'intérieur de l'Etat, non plus à l'extérieur, et cela remettait en question toute leur manière de penser et de vivre. En songeant à Dardanus, un Moderne se dit qu'ils ont dû apprendre à se "salir les mains".

Cet apprentissage de la vie publique fut d'autant plus difficile, d'autant plus douloureux que l'Empire s'effondrait. Pour les concitoyens païens il était clair que si le "limes" laissait passage aux hordes barbares, c'est parce qu'on avait abandonné des dieux qui veillaient sur la cité antique. Le Dieu des Chrétiens n'était pas capable de sauvegarder l'Empire. Terrible accusation. Pour relever le défi qu'elle lançait aux chrétiens, Saint Augustin écrivit son oeuvre majeure : La Cité de Dieu dont la thèse pouvait se résumer : "l'écroulement de l'empire n'était pas le monde qui mourait mais un monde nouveau qui naissait".

Une chose est claire : au moment où il se retirait de la vie publique, Dardanus misait tout sur l'espérance chrétienne puisque la lecture des premiers livres de La Cité de Dieu, qui paraissent alors, lui inspira, de donner ce nom à son domaine. L'inscription précise que Dardanus a fait réaliser ces travaux de voirie et de fortification en tant que propriétaire (in agrio proprio, sur ses terres) avec le concours de son épouse, Nevia Galla et de son frère Claudius Lepidus : sous le Bas Empire s'était déjà constitué le régime de grande propriété qu'on appellera plus tard la féodalité.

Théopolis est donc en quelque sorte un fief : le mot employé est celui de locus qui désigne en Provence à cette époque un ensemble de lieux de vie à la campagne, dans un pagus : bourgade de paysans (les pagani), forum, forteresse, sanctuaires. Un peu plus tard, le mot a servi à désigner un établissement monastique : certains ont voulu voir un signe annonciateur de cette évolution avec Théopolis et ont recherché la localisation exacte d'un tel établissement avec autant d'acharnement que les rêveurs en quête d'une ville de marbre rose ! Ceci nous paraît tout à fait arbitraire. La notion commune de locus se révèle la plus féconde sur le terrain : à tel endroit des traces d'habitation de l'époque gallo-romaine, à tel autre des silos souterrains de pierre sèche, ici un lieu de sépulture, là un castrum bien attesté au Moyen-Age... Le locus comportait un centre religieux qui a donné naissance à certaines paroisses rurales.

Bien que le pays ait été bouleversé à plusieurs reprises (invasions franques du VIè siècle, remaniements opérés au Xè par l'abbaye Saint-Victor de Marseille, peste, guerres de religion...) il est possible de glaner ici et là des éléments sur ce que put être la vie religieuse de ce locus pendant la période qui nous intéresse.

L'église du village de Saint-Geniez (XVIIè siècle) est placée sous le vocable de Notre-Dame des Groseilles : M. Guy Barruol a proposé d'y voir l'altération d'un antique vocable comme Notre-Dame de Grosel. Dans la région, en effet, les Anciens vénéraient un dieu des sources chaudes curatives, Groselos, ainsi que, les nymphes Grisélides, comme à Gréoux-les-Bains ; or il existe une telle source sur le territoire de la commune, dans une ravissante grotte.

Le nom même du village, Saint-Geniez, reprend le nom d'une église sise à Dromon et possédant deux chapelles : nous la connaissons par le Cartulaire de Saint-Victor de Marseille. Or Saint-Geniez était un martyr tenu en haute vénération en Arles à l'époque de Dardanus. Pratiquement rien ne subsiste du village médiéval de Dromon, ni le Castrum, ni l'église ; au XVIIè siècle cependant, à la suite d'une apparition de la Vierge à un petit berger, Henri Masse, on découvrit sous un tas de pierres une crypte oubliée dans laquelle se trouvait un autel à cippe contenant une relique apportée par Dardanus pour donner de l'importance à la chapelle de son domaine à une époque où les évêques étaient très jaloux des prérogatives religieuses de la cité épiscopale.

Les moines de Saint-Victor de Marseille en savaient là-dessus plus long que nous. Ce n'est que très récemment que les travaux menés sur l'art roman en Provence ont permis d'établir que la crypte de Dromon datait du Xè siècle. Jusque là, on avait avancé des datations bien antérieures, car cette crypte a été construite dans un style volontairement archaïsant.

On y trouve même un chapiteau orné de béliers et de paons qui rappelle le chapiteau en marbre de Proconnèse qu'on peut admirer au Musée de l'Arles Antique. Dans cette symbolique chrétienne venue d'Orient, le bélier représente le Christ et les paons, pattes raidies par la mort, évoquent l'incorruptibilité du corps de gloire. En vis-à-vis, un autre chapiteau présente des corbeilles avec des gerbes de blé à six épis : six est le premier des nombres parfaits, mais aussi le nombre de lettres du nom du Sauveur en grec...

Après ces merveilles, la chapelle supérieure, construite au XVIIè siècle, est censée être dépourvue d'intérêt : nous y avons pourtant remarqué, maçonnée dans le choeur, une petite tête de Mithra bien reconnaissable avec son bonnet phrygien dont le badigeon bleu s'écaille laissant apparaître du rouge. Touchant réemploi fait par ces paysans du XVIIè siècle, et qui témoigne de la continuité de la vie religieuse dans un locus ! Mais nous pouvons aussi nous demander pourquoi un mithraeum en un lieu si éloigné de la Via Domitia ? Dardanus entretenait-il une garnison sur ses terres ? Avait-il été lui-même un adepte de ce culte ?

De telles questions nous ramènent à la vie spirituelle de notre Préfet. C'était un homme profond dont la foi s'enracinait dans la méditation de l'Ecriture, quelqu'un qui avait vécu une conversion, une métanoïa. Tout cela, nous le savons parce qu'il s'en est ouvert aux deux plus grands éxégètes de son temps, Saint Jérôme et Saint Augustin. Ses lettres ne nous ont pas été conservées, mais nous avons leurs réponses. Tous deux le tiennent en la plus haute estime et font allusion à un changement d'ordre spirituel survenu dans sa vie qui le leur rend particulièrement cher.

La première lettre est celle de Saint Jérôme ; elle date de 414, de la période à laquelle Dardanus s'est retiré des affaires. Sa conclusion retient notre attention :

"J'ai dicté ces pages pour toi, ô grand savant, qui après avoir mené à bonne fin la charge honorable d'une double préfecture, es maintenant beaucoup plus honorable dans le Christ".

Celle d'Augustin, qui doit dater de l'été 417, lui fait écho :

"Très cher Dardanus, plus illustre pour moi par votre charité en Jésus-Christ que par votre rang dans le monde..."

Comment devons-nous comprendre le "nunc honratior in Christo" de Saint Jérôme ? Le professeur Marrou écrivait à ce sujet :

"Cette dernière précision peut s'entendre soit du fait que Dardanus, païen, se soit converti au christianisme, soit que, cathécumène, il s'est fait baptiser, soit enfin que, déjà chrétien, il a embrassé un état supérieur de perfection". Comme nous le disions plus haut, les édits de Théodose ne doivent pas faire illusion sur la christianisation réelle de la société ; les cercles chrétiens et païens s'interpénétraient, d'où il résultait une situation de dialogue estraordinairement enrichissante pour les deux camps. Les trois hypothèses se valent, mais une conclusion se dégage, très claire : cet homme qui avait tant cru à la romanité abandonne ce combat pour construire sur terre la cité céleste : il met tous ses moyens au service de ceux qui lui sont confiés en ces temps de péril; enfin tout son cheminement spirituel s'organise autour d'une méditation scripturaire sur le thème de la terre.

Dans sa lettre à Saint Jérôme, il avait demandé (Saint Jérôme reprend sa question)

"Quelle est cette terre promise, dont les juifs ont pris possession à leur retour d'Egypte, alors que leurs ancêtres l'avaient possédé auparavant et que, par conséquent, elle n'était pas promise mais rendue".

Dardanus songeait-il au lopin de terre dont Abraham avait fait l'acquisition pour y ensevelir son épouse ? Un contemplatif peur voir dans cet épisode une image de ce travail de deuil de l'âme auquel invite la voie du désert, mais cela n'explique pas pourquoi ce terme de "promise/rendue" revêtait tant d'importance pour Dardanus. C'est tout de même singulier ! En revanche, tout s'éclaire si l'on suppose que Dardanus, dans son imaginaire le plus profond, a établi une correspondance entre la Terre Sainte et le domaine où il se réfugie après son départ d'Arles.

Jérôme ne saisit pas la pertinence de cette insolite question car il avait en tête le discours d'Etienne dans les Actes selon lequel Dieu n'a rien donné comme terre à Abraham "pas même de quoi poser le pied" (dans ce passage Etienne s'appuie sur une tradition extra-biblique). Il explique à Dardanus que, de toute façon, la Terre Sainte elle-même n'était qu'un symbole de la véritable "terre des vivants" : "La terre des vivants, nous l'avons dit, c'est celle où sont préparés les biens du Seigneur pour les saints et pour les doux [...] Le sang du Christ est la clef du Paradis, quand il dit au larron : "Aujourd'hui tu seras avec moi en Paradis". C'est celle-là, avons-nous dit, qui est la terre des vivants".

Ces quelques lignes, extraites d'un texte d'une dizaine de pages, renferment l'essentiel de la pensée de l'auteur. Le sens général ne fait pas de doute : habiter la terre des vivants, c'est être avec le Christ. Telle est la nature ultime de l'espérance chrétienne. Les Evangélistes en racontant la Passion nous montrent que le Corps du Crucifié est vraiment le Temple Nouveau d'Ezéchiel et les chrétiens savent bien que c'est par la contemplation de la Passion et la communion au Corps et au Sang du Christ que l'on parvient à l'union divine. Seulement, le verset de Saint Luc choisi par Jérôme pose un sérieux problème d'éxégèse qui n'a pas échappé à la perspicacité de Dardanus : il reflète en effet certaines spéculations du judaïsme tardif sur une différenciation du shéol, analogue à celle de l'hadès dans la culture hellénistique, entre lieux de châtiment et de félicité.

Si le Paradis (ce terme signifie jardin) dont il est question en Luc XXIII, 43 est un lieu du shéol, où se trouve la terre des vivants où règne maintenant le Christ dans son humanité glorifiée ?

Pour obtenir l'éclaircissement de ce dernier point, après mûre réflexion, Dardanus va demander à Saint Augustin "de quelle manière nous devons croire que Jésus-Christ homme, médiateur entre Dieu et les hommes, est maintenant dans le ciel, puisque, lorsqu'il était attaché à la croix et sur le point de mourir, il dit au bon larron : "Tu seras aujourd'hui avec moi dans le Paradis" (Luc XXIII, 43).

On remarque l'insistance sur l'humanité du christ. L'apôtre avait dit : "Si le Christ n'est pas ressuscité, notre espérance est vaine". La résurrection du Christ en son humanité est le gage de notre propre résurrection. Si le salut dans le Christ n'est pas pour l'homme tout entier, alors Dardanus n'a rien à faire de la religion chrétienne. Saint Augustin nous a rapporté une magnifique réflexion de notre Préfet :

"Vous dites : "Que le Christ est Dieu tout puissant, et que vous ne pourriez pas le croire Dieu sans le croire également homme parfait." (fin de la citation).

Cette expression "homme parfait" a mis Saint Augustin mal à l'aise puisqu'il a tenu à préciser comment lui l'entendait :

Ainsi, en le disant homme parfait, vous voulez comprendre par là tout ce qui compose la nature humaine ; or l'homme ne serait pas parfait si l'âme manquait au corps, l'intelligence humaine à l'âme".

On demeure pantois devant une lecture si réductrice alors que cette expression semble condenser l'hymne au Christ de l'Epître aux Colossiens :

Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toutes les créatures, car c'est en lui qu'ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles... Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui. Il est la tête du corps, c'est-à-dire de l'Eglise : il est le principe, premier-né d'entre les morts, car Dieu s'est plu à faire habiter en lui la plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix".

Pour la tradition patristique d'Orient, le Christ, en tant qu'homme-Dieu, sera l'Homme parfait. On reconnaît ici le climat spirituel du monachisme provençal, alors en plein essor. Lorsque Dardanus s'est retiré des affaires, Saint Jean Cassien rentrait d'Egypte, apportant la tradition du désert de Scete. Il allait fonder le premier monastère de la Sainte-Baume, puis Saint Victor de Marseille. Nous avons conservé le nom de Cassien en raison de ses conférences qui demeurent un ouvrage fondamental dans la formation monastique, d'autres, qui n'ont rien écrit, par humilité, ont été oubliés. Dardanus était en relation avec ces milieux monastiques que Sain Augustin suspectait (à tort) de pélagianisme tandis que les moines provençaux s'inquiétaient fort, en maîtres spirituels avisés, des effets pervers que pouvait provoquer dans la vie spirituelle la théorie de la grâce formulée par l'évêque d'Hippone. Nous tenons la preuve de cette méfiance d'Augustin dans le Second livre des Rétractations où il a noté au sujet de sa lettre à Dardanus :

J'ai eu particulièrement en vue l'hérésie Pélagienne quoique je ne l'ai pas expressément notée".

Pour être taxé d'hérésie par Saint Augustin, il suffisait donc de ne pas partager son pessimisme foncier, plus manichéen que biblique, au sujet de la nature humaine. Ce point de divergence entre Dardanus et le pasteur dont il ne méconnaissait pas le génie, se manifeste encore dans les objections que Dardanus fit en post-scriptum aux idées de Saint-Augustin sur le baptême des tout-petits. Dardanus voyait dans le tressaillement d'allégresse du Baptiste lors de la Visitation la preuve de la capacité inhérente à la nature humaine de connaître Dieu.

Pour réfuter cette position, Augustin réduit cet épisode à un miracle sans grande portée... Cela fait mal ! Consolons nous en relisant les pages admirables que la tradition attribue à Saint Jean Chrysostome : "Je vois le Seigneur [...] je n'attends pas de naître".

Mais revenons-en à la question de Dardanus sur Luc XXIII, 43. L'évêque d'Hippone ne veut pas s'enliser dans des considérations sur un terme ambigu, celui de paradis, qui ne pouvait trouver son sens absolu qu'après l'événement de Pâques. Pour couper cout, il invite son correspondant à admettre qu'en ce verset le Christ parle en tant que Dieu ; dès lors le reste de la lettre va porter sur "la présence de cette nature que nous appelons le Dieu véritable et souverain, et du temple qu'il s'élève à lui-même dans le coeur des hommes" : aussi Saint Augustin résume-t-il le propos de ce texte dans les Rétractations, ajoutant : "J'ai traité cette matière avec tout le soin possible".

Bien qu'il ne partageât pas l'anthropologie de son correspondant, Saint Augustin lui a néanmoins apporté, avec ce petit traité qu'il a intitulé "De la présence de Dieu", les éléments qui lui manquaient pour construire sa représentation de la terre promise/rendue, "la terre des vivants" qui s'avère finalement être le symbole de la présence de Dieu dans l'être intime du croyant.

Le renouveau des études bibliques et patristiques permet à notre génération d'appréhender en profondeur ce qui s'est joué à Théopolis. Dardanus fut un fondateur au sens où nous devons l'être si nous voulons sortir notre monde du désarroi dans lequel il est plongé. Du lieu où oeuvra pour le bien de tous cette petite communauté enracinée dans l'espérance subsiste le plus important : le nom. Le nom est en lui-même un message et ce message peut être déchiffré en relation avec la tradition dans laquelle il s'inscrit, au sein d'échanges avec l'Eglise universelle. Théopolis, tout à la fois montagne, cité, temple, autel est un lieu qui unifie l'homme et lui permet de retrouver avec sa propre symbolique, celle de l'univers qu'il habite. Ainsi seulement la foi peut s'incarner et donner naissance à une civilisation.

Après 417, nous ne savons plus rien de Dardanus. La crypte de Dromon, qui affecte la forme d'un martyrium comme il s'en construisit au Moyen-Age pour vénérer des tombes des IV-Vè siècles, abrite-t-elle le tombeau de Dardanus ? Le fond de la chapelle est constitué d'un superbe rocher maçonné : a-t-il servi à fermer une grotte comme il s'en trouve tant autour du rocher de Dromon et dans laquelle Dardanus aurait pu finir ses jours en ermite, puisqu'il n'y avait aucune construction en ces lieux à l'époque gallo-romaine ? "Il est des lieux trop importants pour qu'on les fouille", a dit un jour un vieil archéologue interrogé à propos de cette chapelle. Sages paroles.


Sources :

 
http://www.france-spiritualites.com/PTheopolisPierreEcrite3.html (Dardanus, gravure)
http://www.france-spiritualites.com/PTheopolisPierreEcrite2.html (Dardanus, photo )
  

castaneda pour secrets-mysteres04

Publié dans théopolis

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